Parfois, j’aimerais ouvrir les yeux le matin et être à la place d’une autre. Vivre normalement, sans trop me poser de questions sur le sens de la vie, la provenance des aliments que j’ingère ou savoir comment dénicher des baskets écologiques pour mon fils de 3 ans. C’était d’ailleurs un peu la vie que je menais avant de devenir maman pour la 1ère fois. Commencer à mettre en pratique ses convictions écologiques, c’est mettre un doigt dans l’engrenage…
Soyons clairs, dans ma famille comme dans notre cercle d’amis (les anciens), nous avons vite été catalogués comme « les écolos (emmerdeurs) de service ». Attention, les relous débarquent, courons remplir notre frigo de produits bio avant qu’ils n’arrivent. Au début, on essaie de se faire discrets, puis on nous titille, on nous met devant nos contradictions (personne n’est parfait, il y a toujours des points à améliorer), on nous teste, on évoque des sujets sensibles en notre présence (genre gaz de schiste), bref on dit qu’on ne parle que d’écologie mais bien souvent, on nous a mis sur les rails… On passe pour des donneurs de leçons et les gens se sentent obligés de se justifier « Oh, mais moi je bosse comme une folle, je n’ai pas le temps d’aller acheter des fruits et des légumes au marché bio (sous-entendu, toi tu n’as pas de carrière, ni de responsabilités professionnelles à gérer).
Au départ, j’ai commencé par me poser des questions sur notre alimentation, puis sur la toxicité des produits de notre entourage (cosmétiques, jouets des enfants, environnement), ensuite, je me suis rendue compte que mon (ancien) travail n’avait pas de sens, à présent, c’est chaque dépense qui passe au peigne fin. C’est un véritable engrenage ! « Non je ne peux pas acheter ça, ça a trop d’emballages en plastique, bonjour les déchets. J’ai envie de fraises… quoi ? Elles viennent du Maroc, non je ne peux pas, en plus ce n’est pas la saison. Cette robe me plait mais elle est fabriquée en Chine, laisse tomber » . Fred s’est même intéressé dernièrement à nos finances « notre banque est-elle éthique ? Que fait-elle réellement de nos économies ? » .
Être écolo et mettre en pratique ses idées, c’est bien plus contraignant qu’on ne l’imagine. Parce qu’on se rend compte que chaque dépense est un acte militant. Même si au final on y gagne (en qualité de vie et santé), on se prend la tête pour pas mal de choses, je dois l’avouer. Et parfois nous appliquons à la lettre la devise des Shadoks « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », parce qu’on veut mettre en pratique nos idées et être en accord avec nos valeurs, ce qui sous-entend de ne pas céder à la facilité.
La plupart des gens ne se posent pas autant de questions. Ils s’en fichent de se nourrir d’OGM, de savoir que le morceau de viande qu’ils ont dans leur assiette provient d’un animal maltraité et abattu dans des conditions sordides, ou encore ils se fichent de porter des vêtements fabriqués par des petits ouvriers mal payés. Certains le savent… et puis l’oublient.
Pour vous dire la vérité, depuis notre changement de vie, on a perdu pas mal d’amis, parce qu’on s’est aperçu que l’on n’avait plus grand chose en commun avec eux. Et passer du temps avec des gens qui éduquent leurs enfants de façon différente, qui mangent des plats préparés à tous les repas ou qui ne parlent que du boulot ou de leurs derniers achats, ça va un moment… On a beau essayer d’être ouverts, finalement à quoi bon passer du temps avec des gens avec qui vous ne partagez rien et qui ne vous apportent rien (et réciproquement) ? C’est bien d’avoir des goûts et des opinions différents, mais quand vous n’avez pas de valeurs communes, c’est toujours un peu compliqué de passer une semaine de vacances avec des « amis ». Vous y arrivez, vous ?
Dans son dernier livre, Isabelle Filliozat dit quelque chose de très juste « Lorsque nos actes sont en désaccord avec nos croyances, voire nos valeurs, cela nous plonge dans un malaise. Les psychologues nomment cela la « dissonance cognitive ». Lorsqu’il nous est difficile de modifier nos comportements, nous avons une forte propension à réoganiser notre pensée pour la faire coller à nos actes, les justifier. Savoir que le bio est meilleur pour la santé et ne pas acheter bio génèrent de l’angoisse. Accepter l’idée que le bio, c’est bon obligerait à regarder en face le fait d’avoir risqué d’intoxiquer ses gamins depuis des années… C’est impossible à accepter. C’est ainsi que les consommateurs préférent rester convaincus que le bio est mauvais, pour éviter d’affronter l’angoisse de la dissonance cognitive ».
Prendre conscience, accepter, c’est aussi se remettre en cause et faire des choix de vie.
Tout cela pour vous dire que la seule manière de vivre en conscience et en phase avec nos convictions, c’est d’incarner l’exemple, comme le disait si bien Gandhi. « Be yourself the change…. »
PS : J’en profite pour faire passer un appel à témoin, en vue d’un documentaire qui sera diffusé sur France 2 dans le cadre de la conférence climat qui se tiendra en Novembre prochain à Paris, une journaliste recherche des familles qui ont fait le choix d’opter pour un mode de vie plus respectueux de l’environnement et qui sont en début de projet. L’idée est de suivre les différentes actions qui peuvent être mises en place lorsqu’on se lance dans un tel projet de vie, tant sur le plan des premiers éco-gestes évidents que sur celui de projets plus complexes qui nécessitent des appuis institutionnels et de la solidarité. Ces familles seront suivies pendant 6 mois, il faut donc qu’elles soient au tout début de leur projet de changement de vie, et qu’elles n’habitent pas dans le Sud / Sud-Ouest de la France. Si vous pensez correspondre au profil recherché, contactez Katia : katia.abdesselam@
* illustration couverture : Setsiri Silapasuwantchay





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