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23
Mar

Le jour où j’ai été licenciée…

Il fût un temps où je travaillais dans une grosse entreprise. Une multinationale comme on dit. 750 salariés répartis sur 39 pays, des millions de dollars engrangés chaque année. J’étais une salariée très consciencieuse et disciplinée, on me reprochait même d’être parfois trop scolaire. J’allumais mon ordinateur le dimanche soir pour lire mes emails, pour préparer la semaine. Je voyageais beaucoup, ce qui était plaisant (avant que je ne devienne maman).

J’étais alors basée sur Istanbul, je m’occupais du marketing, j’avais 3 patrons en dessus de moi et un bon salaire. Bref, pas de quoi me plaindre, si ce n’est qu’au fur et à mesure que je me forgeais des convictions écologiques, je me rendais compte que mon travail collait de moins en moins avec mes idées. Mais j’aimais mon travail, et je sentais que je pouvais évoluer vers d’autres postes, j’ai même proposé au big boss de s’engager dans une démarche de développement durable, j’avais passé des weekends entiers à réfléchir et écrire sur la stratégie à mettre en place…

J – 10, on me convoque au siège pour m’annoncer qu’on voudrait que je me forme à un nouveau logiciel pour prendre de nouvelles responsabilités dans la communication. Je suis aux anges !

J – 6, on me valide le choix et le budget de la formation.

J – 5, un de mes managers me dit que « nous sommes une grande famille » , et qu’on compte tous (son équipe) pour lui, comme ses propres enfants…

Et puis, 5 jours plus tard, on envoie un email à mon mari (j’étais embauchée via son entreprise car la boite pour laquelle je travaillais n’avait pas encore ouvert sa filiale en Turquie) pour lui annoncer que je suis licenciée. La raison : l’entreprise a besoin de se développer en Afrique, pour embaucher du monde dans ce pays, il faut supprimer d’autres postes ailleurs. Mon mari m’annonce la nouvelle le soir même « j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, la mauvaise c’est que tu es licenciée, la bonne c’est que tu vas pouvoir faire ce que tu veux de ta vie » .

Sur le coup, je suis complément anéantie, je ne m’y attendais pas du tout, je repense alors à toutes les fois où j’ai laissé mon bébé à la maison pour assister à des réunions à Paris, Gênes, Athènes ou à des salons, cela m’arrachait le coeur. Je repense aux soirées que j’ai passé à bosser, aux dimanches soirs où j’avais l’estomac noué à la veille des grandes réunions où l’on devait rendre des comptes… A toutes les fois où j’ai dû me démener pour régler des situations urgentes.

Laura_amiss

illustration @ Laura Amiss

J + 2, je déjeune avec deux de mes managers, l’un d’entre eux (celui qui se vantait qu’on formait une grande famille) me dit que mon licenciement ne lui fait ni chaud ni froid. Je leur demande pourquoi aucun des deux n’a eu le courage de m’informer de mon licenciement par téléphone, ils me répondent qu’ils n’étaient pas au courant et qu’ils l’ont appris en même temps que moi… Tiens donc…

J + 4, j’ai encore 2 mois de préavis à effectuer, et je reçois un email comme tous les salariés de la boîte, où le big boss annonce les chiffres annuels, bénéfice de 5 % malgré la crise, bravo à tous, we are the best !

J + 10, j’arrive à obtenir un RDV avec mon supérieur hiérarchique, pour mettre au clair cette affaire. Je lui dis, la voix brisée et la larme à l’oeil que je sais que les licenciements font partie du jeu, mais que je trouve qu’ils (mes managers) ont manqué d’humanité, vu l’enchainement de la situation et le manque de courage de tout le monde. Ça me fait du bien, même si la plupart des collaborateurs que je croise au siège social baissent la tête en me croisant ou font mine de ne plus me connaître. Bienvenue dans le monde du capitalisme !

Ce fût une grande claque… Nous avons décidé de rentrer en France. Je ne savais pas quoi faire pour mon avenir, j’ai appris 2 semaines après la fin de mon préavis que j’étais enceinte de notre deuxième enfant. J’avais quelques mois devant mois pour réfléchir à ce que voulais faire, et ne pas faire surtout. Quelques mois après la naissance de Titi, j’ai passé un entretien d’embauche dans un cabinet de recrutement, plus l’on me précisait le poste, moins j’arrivais à m’imaginer replonger dans l’univers de l’entreprise, travailler dur et passer mes journées derrière un bureau pour quoi au juste ? Pour renflouer les caisses de la société et permettre aux actionnaires de se la couler douce ? Non merci !

Avec l’aide de mon mari (qui est son propre patron depuis de nombreuses années) et sous son impulsion, je me suis faite violence pour me mettre à mon compte et démarcher des clients. J’ai choisi les entreprises avec lesquelles je souhaitais collaborer, j’ai rencontré des hommes et des femmes formidables, des éco-acteurs de petites PME / TPE qui avaient une autre vision de l’entreprise, je me suis réconciliée avec le monde du travail. J’ai compris que travailler pouvait avoir un sens, qu’un entrepreneur pouvait incarner de belles valeurs et une certaine éthique. Que faire de l’argent n’était pas forcément un tabou, tout dépend de la façon dont il est gagné, dépensé, réinvesti et distribué. Bref, qu’un autre modèle d’économie est possible. Je me suis enfin sentie utile. 

Tout cela pour vous dire que ce licenciement, avec du recul, ce fût en fait un des plus beaux cadeaux de ma vie…

illustration photo couverture @ Elina Ellis

17 Responses to "Le jour où j’ai été licenciée…"

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  1. Anne

    23 mars 2015 at 9 h 18 min

    Bravo pour ce bel article !
    Merci de nous donner matière à réfléchir en partageant votre expérience.

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  2. Carole CR

    23 mars 2015 at 9 h 40 min

    Oui le licenciement a aussi été pour moi libérateur, même si au début je ne le voyais pas comme ça :-s
    Le plus important est d’être en accord avec soi-même.

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  3. Delphine

    23 mars 2015 at 10 h 11 min

    Félicitations pour ton licenciement et surtout ton rebondissement! C’était clairement un mal nécessaire même si cela peut paraître injuste. J’ai décidé pour ma part de ne plus travailler pour de grosses entreprises à éthique douteuse, et je suis bien plus en accord avec moi même. Mon rêve est de reprendre des études en naturopathie (oui je sais: encore une!) car ça me parait tellement plus important de contribuer au bien être des gens et de la planète, au lieu d’enrichir des personnes sans scrupules au détriment des autres et de l’environnement… Bref, je te comprends et je suis heureuse de constater qu’on est de plus en plus nombreux à prendre conscience des vraies valeurs de la vie.

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  4. Charlotte

    23 mars 2015 at 11 h 18 min

    Un article vraiment inspirant et qui me parle énormément au moment où mon mari et moi même rentrons en France. Pour ma part, ça sera facile (si je gagne des sous !) : je bosse à mon compte pour mes idées. Pour mon mari, ça sera plus difficile : il est déjà contacté par des recruteurs pour le compte de grosses boîtes qui lui donnent envie de se pendre. Aussi, on voudrait vivre en pleine compagne, une maison dans les bois, et éviter la vie en marge d’une ville de province. Difficile de mener de front toutes ses envies mais je suis sure qu’on y arrivera ! Merci pour ce rappel.

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  5. Séverine Herbio'tiful

    23 mars 2015 at 11 h 19 min

    Joli témoignage ! Tu as eu la force de rebondir et faire ce qu’il te plait, bravo à toi.

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  6. Clo

    23 mars 2015 at 12 h 53 min

    Oui, très joli témoignage: ça s’appelle « un mal pour un bien ». Sur le moment on ne le vit pas comme cela. Et cela est vrai pour plein d’autres sujets…
    La vie (qui nous veut du bien) prend des initiatives pour nous, en somme. A nous après de savoir gérer ce petit coup de pouce.
    Belle journée à toi, à toutes et tous.

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  7. Aurore Fourchette A Gauche

    23 mars 2015 at 13 h 24 min

    C’est un article très intéressant! C’est vrai que c’est dur de passer par là, on n’est jamais préparé à un licenciement aussi rapide. J’ai vécu une situation similaire et j’ai choisi de changer de vie. Pour moi, cela m’a permis de voir la vie et le travail avec un regard différent et surtout de plus m’écouter, de m’épanouir et de prendre beaucoup de plaisir 🙂 C’est génial si tu t’épanouies plus qu’avant!

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  8. My-Anh

    23 mars 2015 at 15 h 54 min

    Très bel article ! La vie réserve de bonnes surprises si on regarde les évènements sous un angle différent ! 😀

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  9. Claudie

    23 mars 2015 at 16 h 34 min

    Bonjour Marie France
    merci pour ce post, ça me remotive. Je viens de recevoir une bonne claque au niveau professionnel.Tout en ayant conscience que le job que je convoitais n’était plus adapté à ma situation actuelle (enfants, situation géographique) ni à mes aspirations c’est difficile d’accepter, même si on sait que c’est pour mieux. Merci de partager ton expérience, cela me redonne espoir. Il me reste à trouver ma voie et faire mon chemin. Bonne journée

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  10. bërengëre.b

    23 mars 2015 at 16 h 59 min

    Tiens donc, cela me fais étrangement pensé à mon cas. j’étais dans une très belle entreprise, aux anges, avec un boss génial et un jour on m’apprend la même chose que toi … et grâce a mon ami, j’ai lancé (enfin) bërengëre.b, la marque de vêtement que je voulais lancé depuis une10éne d’année. je travaille enfin comme je le sent, avec mes valeurs éco-responsables et avec joie tous les jours.

    Merci pour ce témoignage !

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  11. Skull and Beauty

    23 mars 2015 at 18 h 09 min

    C’est ultra positif, j’espère pouvoir dire la même chose d’ici quelques temps, je suis en pleine croisée des chemins, ça fait peur Aussi.

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  12. folie verte

    24 mars 2015 at 8 h 17 min

    Ah alors toi aussi tu as connu les multi nationales et les pompes à fric ! J’en sors tout juste moi aussi. Cela fait un an que je suis sorti de ma zone de confort pour me lancer dans un projet écologique qui a du sens.

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  13. Armand Chauvel

    24 mars 2015 at 18 h 46 min

    Cela me fait penser à cette belle citation selon laquelle la blessure est l’endroit par lequel la lumière entre en soi. Je crois aussi qu’une autre forme de capitalisme est possible, mais il y a du pain sur la planche… Bravo en tout cas !

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  14. Planet Addict

    25 mars 2015 at 16 h 11 min

    Je comprends ta surprise. Pourquoi s’acharner pour les autres, si au final on se fait jeter comme une chaussette. Finalement, cela aura été une bonne libération pour toi et te permettre d’accomplir tes rêves à toi. Même si c’est dur sur le moment, au final c’est mieux comme ça!
    Belle réflexion!

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  15. Di-Day

    1 avril 2015 at 14 h 45 min

    Pour le coup, je suis presque dans la démarche inverse. Je travaille pour une (très très ) grosse entreprise, qui n’a clairement pas les mêmes valeurs humaines et environnementale que moi. Des vagues de licenciement ont été menés dans des filiales, mais pas dans la mienne. Eh bien, je suis « presque » déçu. Je pense quitter mon confort. Mais pas sans rien derrière c’est certain. Mais ton article me conforte. Merci à toi 🙂

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  16. Manon

    29 juin 2015 at 22 h 24 min

    Bravo. Ton témoignage est très émouvant et plein d’espoir. Merci

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  17. Guillaume

    21 septembre 2015 at 21 h 06 min

    Faire des succès avec les aléas de la vie = le secret des vie réussies : félicitations ! !

    Hey je n’avais jamais pensé appliquer du Sartres à entrepreneuriat :)))

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